Lucie Piqueur sur URBANIA
13 septembre 2022 :
Câest bien connu, les rĂ©seaux sociaux nous font sentir laid.e.s, Ă coup de corps filtrĂ©s, athlĂ©tiques, jeunes, minces, blancs et uniformes. Lâautre phĂ©nomĂšne dont on parle moins, câest Ă quel point les influenceurs et influenceuses nous font sentir pauvres. Ăa me soulage beaucoup dâen parler, parce quâavant de comprendre le phĂ©nomĂšne, je commençais Ă me trouver vraiment loser.
FinanciĂšrement, jâai lâimpression de mâen sortir correctement. Mais il suffit de 20 minutes sur les rĂ©seaux sociaux pour que je remette en question tous mes choix de carriĂšre. Tant de voyages spontanĂ©s Ă Paris, de rĂ©novations luxueuses de maisons et de conseils beautĂ© qui me font faire faillite rien que dây penser⊠Comment ça se fait que tout le monde (sauf moi) a autant dâargent ?!
Ce nâest pas nouveau quâon se compare aux autres. Mais on dirait que sur les rĂ©seaux sociaux, câest encore pire. Quand jâentends parler des extravagances de Jeff Bezos, ça mâagace beaucoup moins que les tiktokers anonymes de 25 ans qui me montrent la cabine de premiĂšre classe pour leurs vacances Ă Tokyo, ou qui me racontent comment ils sont devenus millionnaires avant la fin de leurs Ă©tudes.
Manipulé.e.s par notre insécurité financiÚre
Je ne suis pas la seule Ă me sentir comme ça. Selon un sondage amĂ©ricain, 47 % de la gĂ©nĂ©ration Z et 46 % des millĂ©nariaux ont dĂ©jĂ ressenti de la jalousie, de lâanxiĂ©tĂ© ou de la honte par rapport Ă leur situation financiĂšre Ă cause dâune publication sur les rĂ©seaux sociaux.
Dâailleurs, câest bien le but des compagnies. Pour vouloir acheter plus, on doit commencer par avoir lâimpression quâil nous manque quelque chose. Avoir toujours le nez dans lâintimitĂ© de gens comme nous, ça nous force Ă nous comparer. Selon une autre Ă©tude, la jalousie est le moteur de la majoritĂ© des interactions sur Facebook. Nos publications sont une version toute rose de notre quotidien, et ce nâest pas pour rendre nos proches jaloux, mais plutĂŽt pour nous sentir Ă la hauteur en comparaison des autres.
76 % des millĂ©nariaux et 66 % des gen Z admettent que leurs habitudes dâachat sont influencĂ©es par un rĂ©seau social ou un autre.
Le problĂšme, câest que tout ce brassage dâĂ©motions nĂ©gatives par rapport Ă lâargent est loin dâavoir une influence positive sur notre situation financiĂšre. Les mĂ©dias sociaux encouragent les achats impulsifs. Câest dire : 76 % des millĂ©nariaux et 66 % des gen Z admettent que leurs habitudes dâachat sont influencĂ©es par un rĂ©seau social ou un autre. DĂ©penser moins pour garnir son compte en banque, ou dĂ©penser plus pour sauver les apparences ? Câest apparemment le genre de questions qui garde les jeunes adultes rĂ©veillĂ©.e.s la nuit.
Trop beau pour ĂȘtre vrai
Ne tombez pas dans le panneau : la rĂ©alitĂ© financiĂšre des gens qui peuplent vos rĂ©seaux est souvent diffĂ©rente de lâimage projetĂ©e.
Ă commencer par cette connaissance qui vient de publier une photo de sa nouvelle grosse voiture hors de prix comme si de rien nâĂ©tait. Vous voyez ça comme une preuve quâelle gagne trois fois votre salaire ? Câest peut-ĂȘtre le cas, mais si elle avait achetĂ© son camion sur un coup de tĂȘte, au milieu dâune crise existentielle, en vidant les Ă©conomies pour envoyer son enfant Ă lâuniversité⊠la photo serait la mĂȘme.
Certain.e.s appellent ça lâeffet du Canard. Sur Instagram, tout le monde a lâair dâun canard se laissant tranquillement glisser sur une riviĂšre, alors que sous lâeau, ça pĂ©dale sans relĂąche contre le courant. Quand on sait que 3 AmĂ©ricain.e.s sur 5 ont dĂ©jĂ menti sur les rĂ©seaux sociaux pour se donner lâair dâavoir des finances plus stables, on commence Ă voir notre fil dâactualitĂ© dâun Ćil un peu plus critique.
Pour les influenceurs et influenceuses, avoir lâair riche est mĂȘme devenu un modĂšle dâaffaires Ă part entiĂšre.
Pour les influenceurs et influenceuses, avoir lâair riche est mĂȘme devenu un modĂšle dâaffaires Ă part entiĂšre. Pour obtenir des partenariats avec des marques de luxe, il faut Ă©videmment se bĂątir lâimage et le bassin dâabonnĂ©.e.s qui vont avec. Soit on est nĂ©.e. une Kardashian, soit on « fake it til we make it ». Paradoxalement, plusieurs se sont ruinĂ©.e.s en essayant dâavoir lâair riches⊠dans lâespoir de devenir riches. (On peut louer un dĂ©cor de jet privĂ©, ou acheter des boĂźtes vides de grandes marques sur internet, deux types de commerce spĂ©cialement conçus pour les wannabe influenceurs de luxeâŠ)
Lissette Calveiro a avouĂ© avoir accumulĂ© 10 000 $ de dettes en expĂ©riences exaltantes et en bonnes photos dans lâespoir de devenir une influenceuse Instagram. Heureusement pour elle, la chance a tournĂ© le jour oĂč elle a rĂ©alisĂ© lâampleur de ses problĂšmes financiers et quâelle a rĂ©orientĂ© son crĂ©neau dâinfluence. Aujourdâhui, elle raconte ouvertement sa mĂ©saventure et offre plutĂŽt Ă ses abonnĂ©.e.s des conseils pour vivre et voyager avec un petit budget. Sans ĂȘtre influenceuse de luxe, elle dit quand mĂȘme gagner 10 000 $ par mois en partenariats avec des marques.
Pour Lissette, tout est bien qui finit bien. Nos complexes Ă nous, par contre, ne sont pas prĂšs de disparaĂźtre.
Publié le 13 septembre 2022
Se sentir SEREIN financiĂšrement quand on va sur insta. Allez allez ! đČđ”đ¶
