Dont le tableau à la fin de l article :

Le Code du travail impose à l’employeur de prévenir les risques psychosociaux (article L4121-1 du Code du travail). Le manquement à cette obligation engage sa responsabilité. Les fonctionnaires ont droit à la protection fonctionnelle. Les élèves ont également des droits similaires, les directeurs d’écoles engageant également leur responsabilité en cas d’insécurité physique ou psychique (article R411-11-1 du Code de l’éducation).
Se faire accompagner est souvent nécessaire, parfois vital : avocat, médecin du travail, professionnels de santé et thérapeutes, assistants sociaux, proches, etc. Ne restez pas seul. Si besoin, alertez aussi le Défenseur des droits ou une association d’aide aux victimes.
Christel Petitcollin :
Il y a souvent beaucoup de déni et de minimisation de la part de ceux qui devraient recadrer le harceleur. Mais il faut dire aussi que les agissements des manipulateurs sont tellement sournois qu’ils sont difficiles à détecter. De l’extérieur, on ne voit pas grand-chose. La diffamation peut être très insidieuse. Par exemple, avec un air gêné et compatissant, le manipulateur vous confie :
« Ma femme n’a pas de patience avec les enfants, elle crie tout le temps et les tape souvent, mais ce n’est pas de sa faute : à cause de son enfance difficile, elle boit un peu trop ».
Évidemment, rien de tout cela n’est vrai.
Idem en entreprise : dans le couloir, votre collègue susurre au patron :
« Je sors du bureau de Nadine. La pauvre, elle ne s’en sort pas avec le dossier Dupont & co. Pourtant, elle devrait être reposée, elle rentre de vacances. Elle ne doit pas avoir l’envergure suffisante pour ce genre d’affaires. Si vous voulez, moi qui ai plus d’expérience, je peux m’en charger… ».
Comment dans ces cas insidieux repérer la diffamation ?
Pendant plusieurs années, j’ai formé des chefs d’entreprise à détecter les climats de harcèlement dans leur entreprise. La plupart du temps, ils n’avaient pas repéré la manipulation avant notre journée de formation. Ils croyaient avoir affaire à une personne colérique, à quelqu’un de maladroit ou à une personne ayant de grosses difficultés personnelles. Ils n’avaient pas compris que cette personne était à l’origine d’un énorme turn-over, d’arrêts maladie, de démotivation, d’une ambiance délétère et pire d’erreurs, de vols, d’accidents et de sabotages. Parfois même, c’est eux qui étaient la victime de leur employé(e).
Dans les PME, la peur d’un contentieux prud’homal dissuade souvent les employeurs d’agir, d’autant que les manipulateurs savent instrumentaliser les failles procédurales. Beaucoup de dirigeants redoutent ce type de profil, difficile à sanctionner sans éléments solides.
Je confirme qu’une victime ne peut pas s’en sortir aisément sans un accompagnement par des professionnels, mais uniquement par ceux qui comprennent et savent qui sont les manipulateurs.
Conclusions.
Tristan Berger :
Le pré-contentieux, loin d’être un entre-deux flou, est déjà un espace de défense. Agir tôt, calmement, juridiquement, c’est poser les premières pierres d’une reconstruction. Il est normal de ressentir de la peur ou de l’incertitude à l’idée d’agir, mais il est essentiel de comprendre que l’inaction ne fait qu’alimenter la spirale de la toxicité et prolonger la souffrance. Agir tôt, même sans certitude absolue, c’est déjà commencer à reprendre le contrôle.
La toxicité ne s’enferme pas dans les murs d’un couple ou les grilles d’une entreprise : elle se déploie à l’école, dans les familles, dans les associations, dans les casernes, les cabinets d’avocats, les lieux de culte, les cercles militants… Partout où un rapport de domination peut s’installer sous couvert de lien, d’engagement ou d’amour.
Dans tous les cas, le processus est le même :
Comprendre l’emprise : reconnaître les mécanismes de contrôle, d’isolement, de culpabilisation.
Documenter les faits : journal, messages, mails, témoignages, certificats médicaux, photographies, enregistrements, vidéos, etc. Constituer un faisceau d’indices.
Agir, par écrit : formaliser les situations par mail, puis adresser un signalement formel à toutes les autorités compétentes : responsable hiérarchique, chef d’établissement, bâtonnier, directeur de structure, procureur de la République (notamment pour les infractions comme le harcèlement, les discriminations, ou les abus de pouvoir).
L’importance de ne pas minimiser les signaux faibles et de faire usage du droit comme outil de protection : Il importe de ne pas minimiser ce que l’on subit. Le fait de se sentir vidé, confus, en perte de repères, est déjà un indicateur de violence psychologique. En pré-contentieux, on n’a pas besoin de preuves irréfutables pour agir, mais de signaux concordants et cohérents.
Le droit ne cherche pas la vengeance, il cherche la vérité. Et rétablir la vérité, c’est permettre à chacun d’assumer ses paroles, ses actes, et leurs conséquences. Les personnes toxiques, elles, s’évertuent précisément à fuir toute forme de responsabilité. Mais nous vivons dans une société d’adultes : rappeler chacun à ses devoirs, c’est aussi un acte civique.
Le droit est un outil. Il est là pour poser un cadre, rétablir une parole, protéger une dignité. Oser s’en servir dès les premiers signes d’alerte n’est ni « démesuré », ni « procédurier », c’est un droit, une liberté, une nécessité.
Christel Petitcollin :
Je ne compte plus les victimes qui m’ont dit : « J’allais y laisser ma peau » et « Votre livre m’a sauvé la vie ».
Mes livres agissent comme l’image sur la boite du puzzle. Bien sûr, les victimes ont toutes les pièces dans les mains, et depuis longtemps, mais faute de savoir à quoi elles correspondent, elles les tournent dans tous les sens en croyant devenir folles. Une fois qu’elles disposent des explications, tout s’éclaire. C’est un immense soulagement.
Ce qui me frustre depuis trente ans, c’est que le profil du manipulateur est sinistrement standard. Pourquoi passons-nous notre temps à tomber des nues devant leurs agissements ?
Ce qui m’amuse : mes lecteurs m’écrivent : « J’avais commencé à stabiloter votre livre. J’ai arrêté : il devenait fluo. Ma parole, vous connaissez mon manipulateur ! » Une de mes lectrices m’a même écrit : « Vous ne me la ferez pas : vous êtes l’ex de mon mari ! »
Je rêve du jour où plus personne ne sera dupe devant ces sinistres personnages.
